Démarche artistique

Je développe principalement un travail de volume et d’installation, qui, sous couvert d’une première lecture naturaliste, consiste à déplacer de manière poétique le sens et la fonction d’objets communs, domestiques, utilitaires, calibrés et standardisés pour justement interroger les notions de standard, de norme et de conformité, fabriquées et mises en place par le monde humain, et qui font naître avec elles la notion de monstre.

Ma base de travail sont des objets de consommation, manufacturés, industriels, neufs, anciens, récupérés, achetés, ou destinés à être du déchet, qui ont souvent une dimension générique et universelle, reconnaissable par tous, auxquels on n’accorde pas forcément d’esthétique. L’évocation de la nature est le vecteur par lequel je passe pour interroger l’humain et l’organisation qu’il fait du monde, des choses, du vivant comme de son environnement: j’exploite le potentiel esthétique et les propriétés physiques de ces objets pour fabriquer des simulacres de la nature, des subterfuges et des artifices qui évoquent, non sans ambiguïté, des plantes, des animaux, ou d’autres formes organiques avec une dimension sexuelle forte en seconde lecture, et qui racontent à chaque fois une histoire singulière.

Ce sont des souvenirs, des expériences et des gestes réflexes face aux objets qui vont déterminer la façon dont je vais les neutraliser et provoquer ainsi leur métamorphose. Sans respecter les codes d’un artisanat en particulier, leur déplacement s’opère par ailleurs à la main, à travers un processus de répétition d’un geste et d’une accumulation organisée d’un objet, une forme de tissage et d’assemblage qui n’est pas sans rappeler le travail à la chaîne, et ainsi fait sens avec la pièce terminée qui, dans sa croissance presque automatique, évoque l’épuisement du labeur. Par ailleurs, une forme de fragilité, assumée et liée à la précarité du « fait main » est perceptible dans un grand nombre de mes travaux.

Le labeur et l’épuisement du geste pour parler de vestiges, de corps comme s’il s’agissait d’édifices en ruine, qui prennent la forme de débris, fragmentés, en morceaux, incomplets et imparfaits. Mes travaux apparaissent sous la forme de trophées et de beautés monstrueuses délabrées, qui se dégradent, se désagrègent avec le temps, s’effritent lentement pour aboutir à une forme de perte et de disparition. On peut voir mes pièces comme des vanités contemporaines. Morbides et précieuses, elles rappellent des natures mortes, en empruntent les codes et, en prenant place à même le sol ou dans des coins de mur, renvoient toujours, de manière indirecte, au corps humain.
Mes travaux sont des vecteurs par lesquels je souhaite interroger le monde humain, en soulevant ses failles et en questionnant ses schémas. J’espère qu’on puisse y voir un miroir qui rappelle ce que nous sommes : vivants, bancals et inexacts.

Julie Maquet

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